La directive CSRD a beaucoup fait parler en 2023-2024. En février 2026, la directive Omnibus I l’a réformée en profondeur — et paradoxalement, ce remaniement a créé de la confusion : beaucoup d’entreprises ne savent plus ce qu’elles doivent faire, ni quand.
Ce qu’Omnibus I a changé concrètement
La grande révision : les seuils d’obligation ont été relevés. Désormais, seules les entreprises de plus de 1 000 salariés avec un chiffre d’affaires supérieur à 450 millions d’euros sont soumises au reporting complet selon les normes ESRS. Les ETI respirent — mais ne doivent pas se relâcher.
Pour les entreprises de 250 à 1 000 salariés, l’intégration des données carbone dans le rapport de gestion reste obligatoire. Et surtout, être dans la chaîne de valeur d’un grand groupe soumis à la CSRD signifie souvent devoir fournir des données à ce donneur d’ordre — qu’on soit formellement dans le périmètre ou non.
Le nombre de points de données requis dans les standards ESRS devrait passer de 1 100 à environ 300 avec la version simplifiée attendue mi-2026. Mais les exigences carbone, elles, restent entières.
Pourquoi le numérique est au cœur du Scope 3
Le Scope 3 — émissions indirectes dans la chaîne de valeur — représente en moyenne 60 à 90 % des émissions totales d’une entreprise de services. Dans ce périmètre, le numérique est un contributeur majeur souvent sous-estimé.
Les postes informatiques (ordinateurs, écrans, smartphones) concentrent la majorité de l’empreinte carbone IT — et en grande partie en phase de fabrication, pas d’usage. Autrement dit : avant même d’allumer un serveur, votre parc de terminaux génère des émissions.
En 2026, les outils de mesure sont nombreux et accessibles : Boavizta et EcoIndex pour l’empreinte des services numériques, Greenly et Sweep pour la consolidation RSE, les outils natifs des hyperscalers (AWS, Azure, GCP) pour le cloud. Les DSI qui n’ont pas encore intégré ces données dans leur bilan carbone travaillent avec des angles morts.
La sanction qui rend ça urgent
Ce n’est plus théorique : depuis janvier 2026, les entreprises ne respectant pas leurs obligations de publication en matière de durabilité peuvent être exclues des marchés publics. C’est une sanction concrète, effective, qui touche directement le business.
Pour les entreprises positionnées sur les marchés B2B ou les appels d’offres publics, le délai n’est plus une option. L’auditeur (commissaire aux comptes ou organisme tiers indépendant) doit certifier les données — ce qui exige une méthodologie documentée, des sources traçables et une cohérence avec les standards ESRS.
De la mesure à l’action
Mesurer son empreinte numérique est un point de départ, pas une finalité. Le vrai travail commence ensuite : identifier les leviers d’action, prioriser selon l’impact réel (allongement de la durée de vie des équipements, rationalisation du cloud, hébergement décarboné), et construire un plan de progrès crédible. Ce plan doit être défendable devant deux publics très différents : les auditeurs, qui cherchent de la rigueur méthodologique, et les comités de direction, qui attendent des indicateurs compréhensibles et un lien avec la stratégie business.
La compétence qui fait défaut
C’est exactement ce que nous travaillons en formation Bilan carbone IT — mesurer pour agir : relier les obligations réglementaires à des compétences opérationnelles concrètes. Comment collecter les données, avec quels outils, selon quels référentiels (GreenConcept, INR, méthode bilan carbone ADEME). Et surtout, comment présenter les résultats de façon à ce qu’ils servent réellement la prise de décision.
En 2026, le bilan carbone IT n’est plus un exercice de conformité isolé. C’est un levier de gouvernance, de différenciation commerciale et de pilotage interne. Les entreprises qui l’ont compris tôt sont aujourd’hui en position de force.


