On a beaucoup écrit sur le désengagement des managers. Les données 2026 pointent une cause plus prosaïque : ils n’ont ni le temps ni l’outillage pour faire le travail qu’on leur demande.
Trois chiffres qui cadrent le problème
L’étude Great Insights 2026 est sans ambiguïté. Quatre managers sur dix estiment manquer d’une formation adaptée à la complexité actuelle de leur fonction. Un sur deux déclare ne pas disposer du temps nécessaire pour exercer pleinement son rôle. Et 26 % des managers intermédiaires s’interrogent sur le sens de leur travail.
Ce dernier chiffre est souvent lu comme un symptôme de crise de vocation. C’est plus probablement une conséquence mécanique des deux premiers : difficile de trouver du sens à un rôle qu’on n’a jamais le temps d’exercer correctement.
Ce que les managers réclament, eux
Le Baromètre des compétences managériales 2026 de TalenCo apporte le contrepoint utile : il ne demande pas ce dont les managers ont besoin selon leur direction, mais ce qu’ils identifient eux-mêmes.
L’intelligence émotionnelle et relationnelle arrive en tête, jugée prioritaire par 67 % des répondants. Pas la gestion de projet, pas le reporting : la capacité à lire une situation humaine et à y répondre juste.
Second signal, plus récent : l’usage de l’intelligence artificielle figure désormais parmi les compétences indispensables pour 49 % des répondants, et 39 % la placent en tête de leurs souhaits de formation pour les prochains mois. En un an, l’IA est passée du statut de sujet DSI à celui de compétence managériale de base.
Deux leviers qui donnent des résultats
Rendre du temps avant d’ajouter de la compétence
Former un manager qui n’a pas une heure disponible par semaine revient à lui offrir un outil qu’il ne pourra pas utiliser. La séquence efficace est inverse : identifier d’abord ce qu’on lui retire.
Concrètement, cela passe par trois questions posées sans langue de bois. Quelles réunions récurrentes peut-il supprimer ou déléguer ? Quels reportings servent réellement à une décision ? Quelles validations peuvent descendre d’un niveau ?
Les organisations qui investissent sérieusement sur ces axes enregistrent, selon McKinsey, une hausse de 23 % de la performance collective. Le chiffre ne vient pas d’une formation supplémentaire — il vient de la combinaison temps rendu plus compétence ciblée.
Traiter l’IA comme une compétence de jugement, pas d’outil
L’erreur la plus fréquente consiste à former les managers au maniement d’un assistant. Ce n’est pas là que se joue la difficulté.
Le vrai enjeu managérial est ailleurs : savoir quand une décision peut s’appuyer sur une synthèse produite par une IA et quand elle ne le peut pas ; repérer qu’un document d’équipe a été généré sans relecture ; arbitrer ce qui peut être automatisé dans le travail de ses collaborateurs sans vider leur poste de sa substance.
Ces questions ne se règlent pas avec un tutoriel. Elles supposent de comprendre ce qu’un modèle fait — et surtout ce qu’il ne fait pas.
Le socle qui ne change pas
Derrière l’intelligence émotionnelle plébiscitée par 67 % des managers se cache une compétence très concrète : savoir sur quoi on s’appuie, et sur quoi s’appuient les autres.
Un manager qui connaît ses propres modes de fonctionnement — ce qui l’énergise, ce qui l’épuise, ce qu’il délègue mal — gagne du temps immédiatement. Un manager qui sait lire ceux de son équipe cesse de répartir le travail au hasard des disponibilités.
C’est exactement ce que nous travaillons en formation : partir des forces réelles de chacun plutôt que d’un référentiel générique de compétences, et ancrer l’usage de l’IA dans des décisions managériales concrètes.


